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Le Figaro Magazine interview de thierry Ehrmann «L’art est un meilleur placement que les actions»

«L’art est un meilleur placement que les actions»

Thierry Ehrmann, sculpteur.

Thierry Ehrmann, sculpteur. Crédits photo : DR

Thierry Ehrmann est le président d’Artprice. Sculpteur plasticien et chef d’entreprise, il livre sa vision du marché.

Source Le Figaro MagazinePatron atypique du SBF 120, artiste habité, homme d’affaires visionnaire, Thierry Ehrmann détone. Entretien avec un passionné, inventeur du leader de l’information sur le marché de l’art.

Le Figaro Magazine – Comment Artprice est-il devenu un formidable poste d’observation?Thierry Ehrmann – Artprice est la plus vaste banque de données sur le marché de l’art. Au fil des années, nous avons racheté beaucoup de fonds éditoriaux, notamment 270.000 manuscrits et catalogues du XVIIe siècle pour assurer la traçabilité des oeuvres. Nous avons des données sur 108 millions d’oeuvres d’art et nous gérons des données biographiques sur 1,8 million d’artistes, dont 550.000 ont déjà figuré dans des ventes publiques. À un moment donné, plus de 200 historiens travaillaient chez nous pour être certains d’attribuer les tableaux aux bons artistes, notamment ceux des peintres flamands. Nous avons dans nos serveurs 27 millions de résultats de vente et c’est grâce à cette mémoire qu’Artprice est devenu ce qu’il est. Nous gérons aussi 630.000 portefeuilles virtuels de particuliers, qui veulent suivre la cote de leurs collections.Comment établissez-vous la cote d’un tableau?

Dans le passé, quand on voulait faire estimer, par exemple, un tableau de Chagall en 80x80cm, on se référait aux ventes des tableaux de l’artiste dont le format était comparable. Artprice travaille autrement, selon la méthode de la vente répétée. Nous suivons la même oeuvre, l’évolution de son prix dans le temps. Comme, par exemple, un Basquiat, vendu à New York, puis huit ans plus tard à Londres, et trois ans après à Paris. Nos indices sont construits comme ça. Notre société est conçue avec des scientifiques, le reste c’est du doigt mouillé.

La santé du marché de l’art ne vous paraît-elle pas insolente?

Le marché de l’art évolue parallèlement à la Bourse, notre indice est corrélé au S&P500. Il est devenu un enjeu de pouvoir: la Chine est numéro un depuis 2010, les États-Unis numéro deux, et la France qui, en 1962, représentait 54% du marché de l’art, ne pèse plus que 4%. Le marché de l’art français devrait s’interroger quand en une simple journée à New York se réalise une année du chiffre d’affaires de la maison France. Le marché a du ressort, il avait mis dix ans à se remettre de la crise des années 90, il ne lui en a fallu que deux après celle de 2008. Le temps joue en faveur de l’art comme du luxe. Quand vous achetez un bien, il se dévalorise au fil du temps, les assureurs lui appliquent un coefficient de vétusté. Il faudrait a contrario appliquer un coefficient de bonification aux oeuvres d’art.

L’envolée des prix peut pourtant créer des bulles.

Je n’en vois pas. Le marché progresse parce que nous assistons à une révolution sociologique. Après la Seconde Guerre mondiale, il y avait 500.000 grands collectionneurs dans le monde, aujourd’hui il y a 450 millions d’art consumers. Les collectionneurs commencent plus jeunes, vers la trentaine. La moitié des oeuvres qui s’échangent valent moins de 1500 euros. On a toujours la vision d’un marché entre millionnaires, mais cela ne correspond plus à la réalité. Avant, on achetait d’abord sa maison, puis vers la cinquantaine on appuyait son statut en entamant une collection. Aujourd’hui, je vois dans notre groupe de jeunes cadres, qui ne sont pas encore propriétaires, investir 15.000 euros dans l’art alors qu’ils meublent leur appartement chez Ikea.

Quid des effets de mode autour de l’art contemporain?

Ils ne sont pas dangereux. Le marché est fluide, résistant. Les collectionneurs et les musées vendent avec moins d’états d’âme qu’avant. Les artistes eux aussi ont évolué – le mythe de l’artiste maudit est révolu. Ils savent réguler leur production et leurs formats pour ne pas inonder le marché. Damien Hirst le fait très bien. Dans l’art contemporain, il y a des market makers comme dans la finance, ils «avalent» une oeuvre si nécessaire pour tenir le marché. Même si beaucoup d’artistes contemporains dépassent les modernes en termes de prix, je crois qu’il y a moins de risques à acheter une oeuvre d’art que des actions si on s’informe correctement.

Où commence le marché de l’art?

Pour les œuvres de moins de 15.000 euros, on ne peut pas parler de marché d’un point de vue économique; c’est plus l’émotion que le raisonnement qui guide les acheteurs. Au-delà de 15.000 euros, si on est bien conseillé, il est difficile d’être «rincé» en quelques années, alors que c’est ce qui est arrivé à beaucoup en Bourse. Depuis deux ans, certains particuliers ont d’ailleurs cédé des titres pour investir sur le marché de l’art. Cela explique aussi la bonne tenue des prix.

L’art est-il un bon placement?

J’en suis convaincu. Quand elles prêtent de l’argent à leurs clients, les banques préfèrent d’ailleurs prendre en garantie des tableaux qu’un portefeuille boursier. Selon nos calculs, une oeuvre de 15.000 à 50.000 euros se valorise de 5 à 7% par an à terme, entre 50.000 et 100.000 euros de 8 à 10% par an. Et au-delà de 100.000 euros, pour des œuvres à la traçabilité parfaite avec de bons certificats, de 14% par an. Ce sont des progressions moyennes annualisées des prix sur une période d’une dizaine d’années qui correspondent à des achats avisés de personnes bien informées. Et les acheteurs ont, grâce aux nouvelles technologies, la possibilité d’arriver dans les galeries en connaissant l’historique de la cote d’un artiste, son taux d’invendus… le meilleur moyen de bien acheter.


Ce qu’ils pensent de lui

– «Déjanté, provocateur, ce sculpteur et plasticien est aussi et avant tout un homme d’affaires avisé. Dans la Demeure du Chaos, une sorte de musée d’art moderne dédié à l’apocalypse, situé à Saint-Romain-au-Mont-d’Or, une tranquille banlieue de Lyon, Thierry Ehrmann cultive son image de cypberpunk trash.» L’Expansion, Franck Dedieu et Béatrice Mathieu, juin 2012.

– «Thierry Ehrmann reçoit dans son bureau circulaire bardé d’écrans et pas loin de ressembler à un poste de commande d’une centrale nucléaire après l’apocalypse. Un crâne sous cloche y côtoie les images d’al-Jezira, des piles de catalogues d’oeuvres d’art, parfois très anciens, des graphiques sur l’évolution de la cote des coqueluches chinoises de l’art contemporain.» Libération, Christophe Alix, juillet 2012.