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De l’Histoire des fins du monde ou le principe de la Tabula rasa à la Demeure du Chaos par thierry Ehrmann

2012/11/28 Commentaires fermés

thierry Ehrmann  2012 Demeure du Chaos / Abode of Chaos I.H.S.

Depuis trois semaines, c’est de la pure folie à la Demeure du Chaos où toute la presse écrite et audio-visuelle se précipite pour qu’on leur commente en live le 21 décembre 2012 ; il était donc nécessaire qu’on remette les pendules à l’heure avec un bout de texte où avec ma plume je recadre le débat. Bon je veux bien que Canal Plus fasse sa « chaine de la fin du monde », mais un peu de sérieux s’impose lorsqu’on parle de l’Eschatologie,

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DE L’HISTOIRE DES FINS DU MONDE OU LE PRINCIPE DE LA TABULA RASA À LA DEMEURE DU CHAOS.

Depuis la nuit des temps, de la Haute Egypte en passant par la Mésopotamie, l’Europe Médiévale, jusqu’au 11 septembre 2001, pour finir à Fukushima, la fin du monde ou la fin d’un monde a toujours été crainte, formulée mais aussi attendue, sublimée …

Cette fin du monde éminente a toujours été promise par les mouvements religieux et philosophiques depuis des millénaires.

Que de rendez-vous manqués avec ces fins du monde qui ne découragent nullement les prophètes annonciateurs d’une fin prochaine.

Bien au contraire, chaque catastrophe, accident majeur, sombre prévision ou signe des temps, comme le calendrier Maya avec le 21 décembre 2012, ne font qu’amener du crédit à nos oiseaux de mauvaise augure.

Tout anthropologue expliquera que, depuis la nuit des temps, la fin du monde a toujours fasciné l’humanité malgré les milliers de rendez-vous manqués. Elle est pour autant une nécessité à l’homme et les sociétés qu’il organise au fil des siècles.

En 1999, j’ai conçu La Demeure du Chaos comme une œuvre Alchimique porteuse de prophéties auto-réalisantes. Loin d’être un oiseau de mauvaise augure, mes milliers d’œuvres au sein de La Demeure du Chaos confrontent le visiteur à l’Eschatologie (qui du point de vue étymologique grec signifie « eschatos, logos » : discours sur la fin des temps).

Un bref passage par la Fac Catho, en théologie, m’a permis d’aborder, avec une grande ouverture, l’Eschatologie qui est le débat philosophique sur la fin des temps.

Cette approche relève de la théologie et de la philosophie en lien avec les derniers temps, les derniers accidents de l’histoire du monde, tels que les décrit le philosophe Paul Virilio

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Paul Virilio: Portrait peint à la Demeure du Chaos

ou l’ultime destinée du genre humain couramment appelée la fin du monde. Baudrillard, au soir de sa vie, l’a lui-même traduit dans un texte historique « L’esprit du terrorisme » in Le Monde du 03 novembre 2011 sur les attentats du 11 septembre.

Ce texte historique de Baudrillard, donne naissance, selon moi, à un XXI ème siècle tragique, somptueux et chaotique sur les braises du 9/11. Un court extrait est finalement une parfaite introduction à l’Eschatologie de la post-modernité :

« Tous les discours et les commentaires trahissent une gigantesque abréaction à l’événement même et à la fascination qu’il exerce. La condamnation morale, l’union sacrée contre le terrorisme sont à la mesure de la jubilation prodigieuse de voir détruire cette superpuissance mondiale, mieux, de la voir en quelque sorte se détruire elle-même, se suicider en beauté. Car c’est elle qui, de par son insupportable puissance, a fomenté toute cette violence infuse de par le monde, et donc cette imagination terroriste (sans le savoir) qui nous habite tous.

Que nous ayons rêvé de cet événement, que tout le monde sans exception en ait rêvé, parce que nul ne peut ne pas rêver de la destruction de n’importe quelle puissance devenue à ce point hégémonique, cela est inacceptable pour la conscience morale occidentale, mais c’est pourtant un fait, et qui se mesure justement à la violence pathétique de tous les discours qui veulent l’effacer.

A la limite, c’est eux qui l’ont fait, mais c’est nous qui l’avons voulu. Si l’on ne tient pas compte de cela, l’événement perd toute dimension symbolique, c’est un accident pur, un acte purement arbitraire, la fantasmagorie meurtrière de quelques fanatiques, qu’il suffirait alors de supprimer. Or nous savons bien qu’il n’en est pas ainsi. De là tout le délire contre-phobique d’exorcisme du mal : c’est qu’il est là, partout, tel un obscur objet de désir. Sans cette complicité profonde, l’événement n’aurait pas le retentissement qu’il a eu, et dans leur stratégie symbolique, les terroristes savent sans doute qu’ils peuvent compter sur cette complicité inavouable.

Cela dépasse de loin la haine de la puissance mondiale dominante chez les déshérités et les exploités, chez ceux qui sont tombés du mauvais côté de l’ordre mondial. Ce malin désir est au coeur même de ceux qui en partagent les bénéfices. L’allergie à tout ordre définitif, à toute puissance définitive est heureusement universelle, et les deux tours du World Trade Center incarnaient parfaitement, dans leur gémellité justement, cet ordre définitif.

Pas besoin d’une pulsion de mort ou de destruction, ni même d’effet pervers. C’est très logiquement, et inexorablement, que la montée en puissance de la puissance exacerbe la volonté de la détruire. Et elle est complice de sa propre destruction. Quand les deux tours se sont effondrées, on avait l’impression qu’elles répondaient au suicide des avions-suicides par leur propre suicide. On a dit : « Dieu même ne peut se déclarer la guerre. » Eh bien si. L’Occident, en position de Dieu (de toute-puissance divine et de légitimité morale absolue) devient suicidaire et se déclare la guerre à lui-même.

Les innombrables films-catastrophes témoignent de ce phantasme, qu’ils conjurent évidemment par l’image en noyant tout cela sous les effets spéciaux. Mais l’attraction universelle qu’ils exercent, à l’égal de la pornographie, montre que le passage à l’acte est toujours proche – la velléité de dénégation de tout système étant d’autant plus forte qu’il se rapproche de la perfection ou de la toute-puissance. »

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Jean Baudrillard – Portrait peint à la Demeure du Chaos

Dans de nombreuses religions ou philosophies, l’Eschatologie est un événement futur prophétisé dans les textes sacrés ou les mœurs et coutumes.

L’Eschatologie ouvre des concepts tels que ceux des messies ou des temps messianiques, l’après-vie et l’âme.

La Demeure du Chaos, renommée « Abode of Chaos » par le New York Times, dont la traduction signifie les « Entrailles du Chaos », définit dans la tradition judéo-chrétienne, une puissance informelle avant l’intervention créatrice de Dieu.

Par amalgame avec le concept grec, elle est la confusion initiale, indifférenciée et informelle de la matière et des éléments antérieurs à l’organisation du monde par l’intervention de Dieu.

En Alchimie, elle est la « Materia Prima » qui accompagne l’Alchimiste dans son Grand Œuvre.

C’est donc tout naturellement que l’Eschatologie, avec mon regard de plasticien, est une des lignes conductrices qui a permis d’accoucher des milliers d’œuvres du corpus des œuvres de la Demeure du Chaos.

Depuis 1999, j’interroge les religions, les mouvements philosophiques, la cosmologie, les représentations picturales à travers l’histoire de l’art, les narrations littéraires et le 7ème art.
Si l’approche de la fin des temps est le lieu commun et universel, il emprunte mille chemins selon l’histoire, les cultures, les continents et les ethnies.

Quelle approche plus instructive pour décrypter l’âme d’une société que celle qu’elle donne de sa propre fin ?

C’est dans la tragédie ultime, réelle ou fictionnelle que se définit le mieux l’humain et son génie perdu.

Avec l’approche de la fin du monde traitée de manière artistique par la Demeure du Chaos, en auscultant tous les arts majeurs, j’interpelle mes visiteurs sur notre avenir collectif et individuel, de manière entre autres à faire l’état des lieux sur ce qui doit être préservé, ce qui doit disparaître à jamais mais peut-être aussi plus secrètement ce que l’on souhaite voir détruire.

Ces fins du monde sont diverses par tant de textes religieux pour aborder le XXIème siècle avec la catastrophe majeure écologique ou scientifique dont Tchernobyl fut un des premiers révélateur.

Cette démarche artistique, qui s’est traduite par des milliers d’œuvres, est une revisitation de représentations eschatologiques les plus diverses met en lumière les fins du monde, plus que la fin du monde.

A travers notre grille de lecture d’occidentaux, nous avons acquis la prétention de pouvoir diagnostiquer avec précision des fins du monde imaginaires qui sont très loin de nous dans l’espace temps. Il n’y a pas qu’une seule fin du monde, grâce à Dieu, mais plusieurs par nos réalisations de plasticiens et de représentations fictionnelles, scientifiques, religieuses, parfois les trois, qui témoignent de la fin d’un monde.

Chaque époque donne sa définition de la fin d’un monde qu’elle pense cyclique.
Toutes les fins du monde ne sont pas forcément tragiques.

Il y a incontestablement l’esthétique de la chute, une forme dedandysme eschatologique qui accompagne l’homme depuis la nuit des temps. Je serai tenté d’écrire que les fins du monde, non seulement font partie de notre histoire, mais qu’elles sont aussi un élément fondamental dans la psyché universelle pour nous libérer de l’ancien monde.

Le concept latin de la Tabula Rasa, qui m’est cher, est une très belle métaphore puisque la Tabula Rasa était la tablette sur laquelle les Romains écrivaient et grattaient avec l’extrémité plate du poinçon pour tout effacer.

Aristote pense que l’esprit serait dépourvu d’idée innée, toute connaissance dérivant de l’expérience. Il faut donc annihiler tout passé pour renouer avec l’expérience.
Ce concept de la Tabula Rasa se retrouve au Moyen-Age puis avec Descartes et les Sensualistes.

Ce concept philosophique amène à une meilleure compréhension de l’Eschatologie.
En effet, faire table rase du passé en exauçant ou craignant la fin d’un monde est une nécessité pour que l’espèce humaine progresse.

L’Eschatologie ou la fin d’un monde est une approche cathartique afin de réveiller les traumatismes enfuits à l’origine de troubles générant ainsi une décharge émotionnelle à valeur libératrice.

En psychanalyse, cette libération s’appelle l’abréaction.

Quelque soit le nombre de décennies à produire les œuvres de la Demeure du Chaos, je ne finirai jamais ce sujet universel qui d’ailleurs, même s’il vient de la nuit des temps, ne cessera jamais d’être traité. Ce qui en soit est rassurant.

Pour les premiers chrétiens, la fin du monde signifie l’espoir d’une catastrophe divine qui viendra vaincre le mal du monde et récompenser les martyrs et les hommes de bien.
Dans les cultures plus anciennes, le monde est continuellement en train de mourir et de renaître.

Elles pensent vivre le déclin du monde mais ne craignent pas sa fin éminente.

La grande nouveauté c’est que nous avons acquis au fil des siècles la capacité d’imposer notre propre fin du monde par notre science aveugle qui se veut comme l’apanage des Dieux.
L’accident écologique, le feu nucléaire, la destruction intégrale des écosystèmes de la planète par l’homme nous amène au point de non retour.

A près d’une centaine de kilomètres de la Demeure du Chaos, l’homme joue à la « Deus Ex Machina » en recherchant en vain le Boson de Higgs qui est une particule élémentaire que l’homme, avec ironie ou folie, a nommé la particule de Dieu…
Tout un programme.

Peut-être que la fin du monde est tout simplement entre la frontière française et suisse, au CERN, dans le gigantesque collisionneur proton ou anti-proton ?

La création ex-nihilo d’un centimètre cube de matière noire mettrait fin en un milliardième de seconde à notre courte histoire.

Je me suis attaché dans la Demeure du Chaos / Abode of Chaos à revisiter, à travers le parcours Alchimique, toutes les grandes religions, les mouvements philosophiques et la culture des peuples. Ainsi, dans la Haute Egypte, la crainte est que le soleil ne se lève plus. Le soleil est le Dieu Rê, né du Chaos initial qui est le créateur des autres Dieux majeurs.

Dans l’Hindouisme, les âges du monde, tels que décrits dans les prophéties traditionnelles hindoues (Puranas), disent que le monde reviendra au Chaos puis, surviendra l’apparition d’un avatar qui établira la droiture sur terre et que l’esprit humain deviendra aussi pur que le cristal.

Dans le Bouddhisme, la fin du Dharma explique les sectes millénaristes de la Chine et du Japon ; les Grecs possèdent quant à eux la Grande Année. La fin du monde et son renouvellement sont pour Héraclite une seule et même chose et la preuve de la primauté du chaos. La renaissance de la matière primordiale (Materia prima) pour Héraclite est une suite à la fin du monde.

Héritier des Grecs, les Romains s’emparent de l’idée des âges et le sentiment que l’humanité vit son ultime déclin. Cette pensée est présente chez Virgile ou Horace.

Pour les Romains, la fin du monde doit opérer au terme d’une Grande Année commençant la fondation de Rome et dont la durée est annoncée à Romulus.

Dans les religions pré-colombiennes, le calendrier Maya permet de multiples approches. Leur rapport au temps est très particulier car il possède une astrologie très avancée mais très différente des autres civilisations.

Les Mayas et leur calendrier fascinent car ils ne sont plus là pour répondre.

Le 21 décembre 2012, qui prédomine depuis quelques années, est né d’un historien de l’art, José Argüelles, visionnaire new age qui publie « le Facteur Maya », sous-titré en anglais « Path Beyond Technology / au delà de la technologie ». Selon ses calculs, la date du 21 décembre 2012 sera la date d’un grand renouveau. Il fut un disciple de Chögyam Trungpa Rinpoché

Cette date rencontre un succès important car de nombreux prophètes (new age, millénarisme chrétien, collision avec la planète X/ Mibiru, mouvements divers et les médias par dessus tout) s’en sont emparés.

La civilisation Maya s’étant éteinte, nous n’avons pas de vraies réponses mais nous savons pour autant que pour les Mayas, la fin d’un cycle, si elle demeure une source de crainte et une terrible transition, n’est pas toujours un événement catastrophique.

Leur connaissance du temps est certes remarquable, notamment dans l’étude qu’ils font de l’évolution cyclique des corps célestes. Les Mayas pensaient comprendre les conséquences de ces courses cosmiques sur la vie humaine, et à partir des observations passées, prédire l’avenir.

Leur vision scientifique était liée à la croyance religieuse d’une influence divine des forces cosmiques sur le quotidien des hommes.

Il y a donc mille manières moins une d’appréhender cette date fatale.

Dans l’Eschatologie de la Demeure du Chaos, j’aborde régulièrement au regard de l’histoire de l’art, la notion de catastrophe naturelle telles que le déluge et la colère des Dieux.

On retrouve l’épopée de Gilgamesh, le déluge de Noé, le livre de Daniel où la fin des temps est décrite par le Judaïsme, dont le processus est appelé Yemot Ha Mashia’h (les temps messianiques).

Bien évidemment, l’Apocalypse de Saint Jean est au cœur de mon travail. Il faut préciser que le terme Eschatos, utilisé dans le Nouveau Testament indique qu’avec le second avènement du Christ Roi, la fin commencera. Pour les Chrétiens, il y a la mort des individus qui relève de l’Eschatologie personnelle avec la vie après la mort, la fin des sociétés humaines avec l’Eschatologie humaine ainsi que la fin du monde par l’extinction de la dernière génération, d’où Eschatologie.

L’Eschatologie chrétienne est très riche en prophéties, l’une d’elle, sur laquelle je travaille depuis près de 30 ans, correspond aux prophéties de Saint Malachie, Prélat irlandais qui comprend 111 devises lapidaires correspondant aux 111 derniers Papes devant se succéder sur le trône de Pierre. Ensuite viendra dans la 112ème prophétie Pietrus Romanus (Pierre le Romain).

Cette dernière prophétie apparaît pour la 1re fois dans l’édition princeps d’Arnold de Wyon du Lignum Vitae de 1595. Dans cette édition, elle est rédigée ainsi :

« In psecutione. extrema S.R.E. sedebit. / Petrus Romanus, qui pascet oues in multis tribulationibus : / quibus transactis ciuitas septicollis diruetur,/ & Iudex tremendus iudicabit populum suum. Finis. Traduction : « Dans la dernière persécution de la sainte Eglise romaine siégera Pierre le Romain qui fera paître ses brebis à travers de nombreuses tribulations. Celles-ci terminées, la cité aux sept collines sera détruite, et le Juge redoutable jugera son peuple.  »

Il faut préciser que nous sommes avec le Pape Benoît XVI au 111ème Pape et que le prochain sera le redoutable Pierre le Romain.

Au cœur de la Demeure du Chaos figure une immense fresque « Finis Gloriae Mundi »

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Peinture murale à la Demeure du Chaos

qui décrit le troisième ouvrage de Fulcanelli, qui fut soustrait suivant le désir de son auteur, à toute éventuelle publication, s’intitulait lui aussi « Finis Gloriae Mundi » (La Fin de la Gloire du Monde). Eugène Canseliet son disciple n’hésita pas d’ailleurs à l’évoquer de la manière suivante : « Dans la passive résignation des peuples asservis par le scientisme, je comprends mieux, après bientôt un demi-siècle, la ferme décision prise par Fulcanelli, que son troisième livre ne fût pas publié ».

Il faut dire que Finis Gloriae Mundi désigne aussi le titre d’un saisissant tableau de Valdès Léal conservé à la chapelle de l’hôpital de la Sainte-Charité-de-Séville en Espagne.
Lors de son séjour en Andalousie, Eugène Canseliet fut saisi par l’expression de ce macabre joyau.

Cette scène intitulée Finis Gloriae Mundi, ainsi que l’indique le phylactère attaché au premier cercueil si inquiétant puisqu’il semble bien que l’Eglise soit ici à jamais déchue au seul profit de l’éveil initiatique symbolisé par le chevalier simulant la mort.

Souvenons-nous que « le juge viendra juger son peuple » et que le mot qui termine le premier des trois tomes de L’Esprit de la Salamandre est : FINIS. Même si ce mot est au premier abord est dur à accepter pour le lecteur, la révélation n’en constitue pas moins la fin d’une étape, de par le fait même qu’avec elle, il y a apport d’une chose nouvelle jusqu’alors maintenue cachée ou inintelligible.

Ne les craignez donc point; car il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu /Matthieu 10:26-27. Extrait du Catalogue Raisonné 1999/2006 Tome 1 de la Demeure du Chaos pages 1229 et suivantes.

Il faut préciser que le deuxième ouvrage « Les Demeures Philosophales » de Fulcanelli, objet d’une planche maçonnique que j’ai réalisée en 1985 à la GLNF, est à l’origine de la Demeure du Chaos en 1999, d’où mon intérêt spéculatif sur ce troisième ouvrage soustrait selon le désir de Fulcanelli.

Mais l’approche artistique de l’Eschatologie, dans la Demeure du Chaos, se doit de toucher les trois grandes religieux monothéistes, nées entre le Tigre et l’Euphrate avec pour l’Islam le jour du jugement où Yawm-Qiyamah le jour de la Résurrection, où Dieu ressuscitera les morts en jugeant les bienfaisants au Paradis et les mécréants en Enfer.

L’origine historique de l’Eschatologie islamique est semblable à l’Eschatologie chrétienne, le prophète Mahomet l’ayant racontée à ses compagnons. Les Hadiths disent que Jésus Christ, qui est le Messie, redescendra sur terre et qu’un saint guerrier Mahdi, identifié par les Chiites  duodécimains comme leur dernier Imam, ensemble défendront l’Islam contre l’Anté-Christ et que Jésus Christ tuera Al-Dajjâl.

Certaines œuvres de la Demeure du Chaos sur les religions monothéistes ont recours à une vision de la temporalité beaucoup plus stressantes : l’historicité. Le temps est une fonction linéaire, il progresse, se consume peu à peu. Il va donc connaître une fin qui fera à jamais disparaître le monde. L’âge d’or qui renaîtra de cette destruction sera donc éternel.

Il faut comprendre que dans de nombreuses civilisations primitives, la fin du monde est un événement inséparable de sa renaissance.

Un certain nombre de gravures mettent en lumière à la Demeure du Chaos les trois grandes spiritualités chinoises que sont le Confucianisme, le Taoïsme et le Bouddhisme, où la présence des légendes ancestrales ressort telle que la colère du Dieu Gongong.

Nous avons aussi abordé avec prudence le Zoroastrisme qui est à l’origine de la religion perse.
Nous avons aussi balayé la grande peur de l’an 1000 qui est à rapprocher de la durée au bout de laquelle doit avoir lieu la Parousie, qui se définit par la seconde venue du Christ qui ouvre la voie vers le jugement dernier et la fin des temps.

Nous avons beaucoup travaillé sur Cranach l’Ancien, Jérôme Bosch, Le Gréco, Pieter Bruegel William Blake, John Martin, Otto Dix , Goya, Dürer, Dali , Chagall et tant d’autres et notamment sur l’iconographie propre à la période médiévale.

Nous avons aussi traité les écrits du moine Sistérien Joachim De Flore, qui a cherché à interpréter le livre de l’Apocalypse en mystique plutôt qu’en théologien.

Contrairement à de nombreuses idées reçues, l’Eglise Réformée elle aussi met l’accent sur la fin du monde et réaffirme l’importance de l’Ancien Testament et du livre de l’Apocalypse.

Le XVIème siècle est le siècle des sectes et des prophéties, notamment avec Michel De Nostre-Dame (1503-1566) qui publiera les Prophéties de Nostradamus qui sont composées de sept centuries, elles-mêmes composées de quatrins, la septième étant restée incomplète.

La Renaissance et la Réforme ferme l’aventure médiévale en proposant une nouvelle vision de l’homme et lui ouvre l’ère moderne et l’âge des lumières.

Malgré cet univers éclairé et rationnel, l’Europe et l’Amérique du Nord au XVIIIème siècle, sortis de la Renaissance, en plein siècle des Lumières, tentent de s’affranchir de cette fin du monde.

Mais à travers cet éclairage rationnel dont le philosophe Kant se fait l’apôtre, surgit le courant romantique, insaisissable, forcément sublime et qui n’a de cesse de renouer avec une fin tragique.

La lecture est plus complexe avec la révolution industrielle du XIX ème siècle qui provoque l’engouement mais aussi la peur de la science. L’homme saura-t-il maîtriser les sciences qu’il créé ?..

Du romantisme des ruines à la naissance de la science fiction puis les œuvres d’anticipations, en passant par une relecture de l’Apocalypse par des groupes évangéliques, les XVIIIème et XIXème siècles n’ont cessé de raviver l’idée de la fin du monde.

La Demeure du Chaos, à travers sa Borderline Biennale, interrogera, dans le cadre de performances hors normes, des artistes des cinq continents, à travers trois biennales 2007/2009/2011, dont la dernière se nomme « Survive the Apocalypse » (adult version) avec pour directive: « écris donc ce que tu as vu, ce qui est et qui arrivera ensuite ».

Un traitement des survivalistes de l’an 2000, du 11 septembre, des grandes catastrophes écologistes, sont constamment questionnés à la Demeure du Chaos.

Un des tournages historiques de la Demeure du Chaos est 999 qui est en autres, une évocation parallèle de Stalker de Andreï Tarkovski (1979).

Le virus H1N1,le tsunami de 2004, la plate-forme pétrolière Deep Water Horizon et bien sûr Fukushima, ont donné lieu à des centaines d’œuvres à la Demeure du Chaos, qui écrivent en temps réel cette gigantesque agence de presse dé-légendée sur 9 000 m².

Ce texte lapidaire ne fait que survoler 30 ans de réflexion permanente et 13 ans de production artistique ayant abouti à ce Sanctuaire qu’est la Demeure du Chaos.

Nous avons pourtant peint et sculpté pratiquement toutes les grandes guerres, la fonte des glaciers, la déforestation, la mort du capitalisme, les crimes contre l’humanité quelque soit le continent, la folie d’une science incontrôlable où l’homme se subroge désormais à son Dieu créateur, et nous avons abouti à plus de 4 500 œuvres.

Ce court texte pourrait expliquer pourquoi avoir créé la Demeure du Chaos et concentré tant de sujets aussi noirs :

« Mille fois, la première question de mes visiteurs abasourdis par la Demeure du Chaos est « Pourquoi? » La réponse me replonge en 1999 quand, après avoir dévoré le veau d’or dans le grand festin paganiste du siècle dernier, je cherchai à nouveau ce monde gnostique.

Ma seule rédemption passait de nouveau par cette terrible épreuve, renaître par ma damnation première, la démence que l’on reçoit comme une onction suprême à la naissance pour se transcender dans l’art. Cette fureur maniaque, ma sulfureuse maîtresse, sera de nouveau ma complice avec ses troubles de l’humeur.

Elle donnera la vie à ma plume pour écrire une longue, une très longue histoire qui naît de la nuit des temps, s’abreuve du chaos alchimique, prima materia de ce XXIe siècle tragique et somptueux pour s’incarner dans ma chair et mes œuvres et retrouver le monde des demeures philosophales.

Il fallait accomplir ce Grand Œuvre, quel qu’en soit le prix, le hurlement des gueux, la vindicte des hommes en noir, l’anathème des moralistes. Mais tous oubliaient que depuis la naissance du droit, il n’y a ni crime ni délit lorsque le prévenu est en état de démence ou contraint par une force majeure.

Cette démence de l’acte artistique, cette force majeure qu’est la folie créatrice permet à l’homme depuis des millénaires de bâtir des temples, des catacombes, des charniers, des lieux de génuflexion, des calvaires, des labyrinthes, des Golgotha, des oratoires, des chemins de croix, des sanctuaires, des prieurés, des cathédrales de lumière.

Tous ces mots, fidèle lecteur, désignent la Demeure du Chaos dont la dualité est l’Esprit de la Salamandre, le souffle alchimique de la Demeure.

Alors, à ta véritable question, « pourquoi cette noirceur ? », je te réponds simplement : quand tu verras la noirceur, réjouis-toi car c’est le début de l’Œuvre … »

J’ai acquis au cours de ces différents périples, tant spéculatifs qu’opératifs, que la fin du monde ou la fin d’un monde est une nécessité dans la destinée humaine car elle est le moteur secret de nos angoisses, notre toute puissance et nos interrogations mystiques.

La fiction est désormais absorbée par la réalité et peut-être qu’en écrivant ces quelques lignes, la fin de notre ancien monde a déjà commencé.

thierry Ehrmann:.

A mundo condito sculpture à la Demeure du Chaos
A Mundo Condito DDC_5132

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