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Artmarket.com : Analyse du S1 2021 par Artprice, le Marché de l’Art sort avec brio de la crise sanitaire, renforcé par sa mutation numérique

2021/08/06

Au 1er semestre 2021, le Marché de l’Art a retrouvé toute son intensité en salles de ventes. Les foires qui reprendront en septembre, si tout va bien, devront toutefois composer avec un nouveau Marché. L’arrivée fracassante des NFT et des prix étourdissants pour les œuvres de très jeunes artistes en vogue attestent d’un profond désir de bousculer l’ordre établi. Les collectionneurs se montrent pressés d’investir sur un Marché de l’Art 2.0, quitte à court-circuiter les galeries ; de nombreux artistes ont eux-mêmes le désir de tirer parti de la transformation numérique du Marché de l’Art ; enfin, les Maisons de Ventes semblent vouloir jouer le jeu de la disruption.

Les indicateurs Artprice de la santé du Marché de l’Art (S1 2000 – S1 2021)
Produit de ventes, adjudications, taux d’invendus et prix record (au 1er semestre)

Les indicateurs Artprice de la santé du Marché de l’Art (S1 2000 – S1 2021)

thierry Ehrmann, Président et Fondateur d’Artmarket.com et de son département Artprice : « Deux Marchés de l’Art coexistent à présent : l’un organique, l’autre disruptif . Le premier se place dans la tradition, celle de l’Histoire de l’Art, avec ses codes, ses musées, ses galeries, ses foires, ses biennales, etc. Le second embrasse un monde en pleine recomposition, qui conteste l’Histoire officielle à travers les mouvements #metoo ou #blacklivesmatter, et tourné vers les nombreux défis qui l’attendent, à la fois politiques, climatiques, sanitaires et technologiques ».

La présente analyse fournit une vue globale des transformations entreprises au S1 2021. La distinction entre un « nouveau » et un « ancien » Marché de l’Art est purement théorique mais permet de prendre conscience des mécanismes qui sous-tendent désormais toute une partie des échanges. Cette approche permet en particulier de comprendre pour quelles raisons l’œuvre The first 500 days (2021) de Beeple a pu être achetée 69m$, alors que son prix de départ était de 100$ et que l’artiste échappait à tous les radars : pas de galerie, pas d’exposition, pas de ventes aux enchères… « Seulement » plusieurs millions de followers sur Instagram et le soutien de Christie’s, l’une des plus vieilles et des plus honorables Maisons de Ventes de la planète.

Evolution des ventes aux enchères de Fine Art ( S1 2000 – S1 2021)
Répartition par période de création

Evolution des ventes aux enchères de Fine Art ( S1 2000 – S1 2021)

Les œuvres abordables au cœur de la reconstruction

Les ventes aux enchères de fine art totalisent 6,9 Mrd$ au S1 2021, en hausse de +3 % par rapport au S1 2019. Cette performance est extrêmement rassurante au regard de la crise sanitaire, qui paralyse encore toute une partie de la scène culturelle et laisse planer de nombreuses incertitudes sur son évolution à court terme. Les salles de ventes sont néanmoins parvenues à retrouver un chiffre d’affaires équivalent à une moyenne sur les dix exercices précédant la crise sanitaire (S1 2010 – S1 2019), soit depuis l’essor de la Chine sur le Marché de l’Art international.

La reprise se révèle d’autant plus robuste qu’elle repose sur un nombre record de transactions : 288 500 œuvres ont été adjugées en six mois, +5 % par rapport au S1 2019. L’augmentation concerne en particulier les œuvres abordables, couvrant les gammes de prix entre 1 000$ et 20 000$, pour lesquelles le nombre de ventes a bondi de +13 %. Le marché haut de gamme a pour sa part légèrement ralenti en ce début d’année : les lots adjugés entre 1m$ et 50m$ enregistrent une diminution de -1,4%, passant de 855 lots (au S1 2019) à 843 lots.

L’intensité de la demande se confirme par un taux d’invendus sensiblement inférieur aux valeurs habituelles. Cet indicateur, qui garantit l’équilibre entre l’offre et la demande, oscillait depuis dix ans entre 32 % et 36 %. Il redescend à 28 % en ce début d’année et devra donc être soigneusement observé au cours des prochains mois.

Beeple pèse 1 % du Marché de l’Art

Les ventes en ligne font désormais pleinement partie de la stratégie des Maisons de Ventes. En ce début d’année, les géantes anglo-saxonnes Christie’s, Sotheby’s et Phillips ont dématérialisé un peu plus de la moitié de leurs opérations : 133 sessions fine art sur 258 se sont déroulées exclusivement en ligne. Ces transactions ne génèrent encore qu’un dixième (9,3 %) des revenus de ces trois maisons, qui utilisent principalement ce canal de ventes pour les lots d’entrée de gamme et moyen de gamme.

Les plateformes mises en place pour automatiser les ventes en ligne se prêtent cependant parfaitement, par nature, aux NFT qui offrent de très belles perspectives sur le marché haut de gamme. Les NFT représentent déjà un tiers de la valeur des ventes en ligne, soit 2 % du Marché de l’Art global. Beeple avec sa toute première vente chez Christie’s, pour 69 m$, représente très exactement 1 % du Marché de l’Art aux enchères à lui-seul.

Ce nouveau marché est au cœur du phénomène disruptif identifié par Artprice. En témoigne la volonté de chaque Maison de Ventes d’innover. Ainsi, un mois après la vente de l’œuvre de Beeple chez Christie’s, Sotheby’s a imaginé à son tour une vente de NFT (Non-Fungible Token) intitulée The Fungible Collection by Pak. Quinze jours plus tard, Phillips a mis en vente le premier NFT deuxième génération, Replicator de Mad Dog Jones, conçu pour générer des répliques de lui-même, avec un système de sélection aléatoire.

L’Art Contemporain dépasse l’Après-Guerre

Le segment des artistes nés après 1945 réalise ainsi une performance historique au S1 2021, en hausse de +50 % par rapport au S1 2019. Le marché de l’Art Moderne (-8%) et celui de l’Après-Guerre (-4%) n’ont pour leur part pas encore retrouvé les niveaux d’intensité qui prévalaient avant la crise sanitaire.

Cette situation profite à la visibilité de l’Art Contemporain qui pèse maintenant 23 % du produit de ventes de fine art aux enchères. Artprice rappelle que cette période de création ne comptait que 3 % du Marché de l’Art il y a seulement 20 ans. Il est vrai que Jean-Michel Basquiat, avec plus de 300m$ engrangés en six mois (deux fois plus que Andy Warhol), pèse à lui seul 4,3 % du Marché de l’Art mondial aux enchères.

Top 10 des artistes les plus performants en salles de ventes au S1 2021

© artprice.com

1. Pablo PICASSO (Art Moderne) : $352,169,000

2. Jean-Michel BASQUIAT (Art Contemporain) : $303,537,000

3. Andy WARHOL (Après-Guerre) : $149,982,000

4. Claude MONET (19ème siècle) : $131,638,000

5. BANKSY (Art Contemporain) : $123,328,000

6. ZAO Wou-Ki (Art Moderne) : $114,518,000

7. Gerhard RICHTER (Après-Guerre) : $97,920,000

8. Sandro BOTTICELLI (Maître Ancien) : $94,206,000

9. Yoshitomo NARA (Art Contemporain) : $85,937,000

10. ZHANG Daqian (Art Moderne) : $82,295,000

Banksy, témoin de son temps

À 47 ans, le street artiste anonyme Banksy fait partie des cinq signatures les plus performantes du monde en salles de ventes, toutes périodes de création confondues ! Il est même l’artiste vivant le plus lucratif de la planète, qui n’a besoin ni du soutien de Larry Gagosian, ni de David Zwirner. Universellement adulé pour son incursion dans l’espace public, plein de cynisme, mais aussi de poésie, Banksy révolutionne le Marché de l’Art avec son système de Pest Control, qui permet d’authentifier et de contrôler des centaines de milliers d’œuvres en circulation, uniques ou en éditions limitées.

Depuis cinq ans, le chiffre d’affaires de Banksy croît de façon exponentielle : 3m$ en 2016, 7m$ en 2017, 16m$ en 2018, 29m$ en 2019, 67m$ en 2020 et 123 m$ au S1 2021. Avec 913 lots vendus aux enchères en l’espace de seulement six mois, Banksy couvre désormais toutes les gammes de prix ; avec 11 millions de followers sur Instagram, il touche déjà les futures générations de collectionneurs.

Sa toile Game Changer (2020) a balayé les estimations de Christie’s le 23 mars 2021, lors d’une vente caritative, et a établi un nouveau record personnel pour Banksy à 23,2 m$. L’engouement suscité par cette œuvre révèle les préférences d’un Marché de l’Art à la recherche d’œuvres choc, en phase avec l’actualité. On y voit un jeune garçon, délaissant son Batman et son Superman, pour jouer avec une figurine de super-infirmière.

L’accélérateur hongkongais

Stoppé net dans sa croissance en 2020, le Marché de l’Art hongkongais a connu deux semestres consécutifs plus forts que jamais. Le prix moyen d’une œuvre y est aujourd’hui le plus élevé de la planète : avec seulement 3 200 lots fine art vendus en six mois aux enchères pour 962m$, le prix d’une œuvre tourne autour de 300 000$ cette année à Hong Kong. Ce résultat distingue cette ville asiatique des autres grandes capitales du Marché de l’Art puisque le prix moyen d’un lot atteint tout juste 32 000$ en salles de ventes à Londres et 41 000$ à New York.

Hong Kong est même parvenue à attirer trois toiles remarquables de Jean-Michel Basquiat qui ont chacune dépassé les 35m$. Christie’s et Sotheby’s semblent désormais toutes deux convaincues que ces chefs-d’oeuvre de l’Art Contemporain américain (que le MoMA de New York regrette de ne pas avoir pu acquérir à temps) ont de bonnes raisons de transiter par l’Asie plutôt que par Londres.

Hong Kong pourrait même, à moyen terme, devenir la deuxième place de marché mondiale en doublant le Royaume-Uni. Celui-ci totalise 1,2 Mrd$ au S1 2021, soit seulement 21 % de plus que Hong Kong (962m$). Il y a dix ans, le Royaume-Uni était encore presque cinq fois plus important que son ancienne colonie (+380%). L’île britannique conserve toutefois un marché beaucoup mieux diversifié : 36 000 œuvres ont été adjugées au S1 2021 dans le Royaume-Uni ; c’est 10 fois plus qu’à Hong Kong.

Aujourd’hui, l’ancienne colonie britannique joue surtout un rôle d’accélérateur sur le Marché de l’Art ultra-contemporain. Les acheteurs y sont davantage disposés à enchérir bien au-delà des estimations, forçant les Maisons de Ventes à s’aligner sur Londres ou New York, au risque de voir les œuvres des futures superstars du marché transiter de manière systématique par l’Asie.

Millionnaires à moins de 40 ans

Depuis son décès il y a moins de deux ans, 62 œuvres de Matthew Wong (1984-2019) ont été présentées aux enchères, où elles ont toutes trouvé acquéreurs, aussi bien à New York, qu’à Londres ou à Hong Kong.

La mécanique internationale du succès de cet artiste se retrouve chez les autres superstars de sa génération, nées après 1980. Le succès de Salman Toor, Avery Singer et Amoako Boafo détonne par une incroyable rapidité : en quelques mois à peine, leurs œuvres sont devenues incontournables sur le Marché de l’Art international. À la fois artistes prodiges et symboles de leur temps, ils font l’objet d’une compétition féroce de la part des collectionneurs tout à la fois américains, européens et asiatiques.

Top 5 des artistes nés après 1980 (S1 2021) : répartition géographique

1. Matthew Wong, 30m$ : Hong Kong (41%), New York (37%), Londres (19%)

2. Avery Singer, 10,5m$ : Hong Kong (53%), New York (38%), Londres (8%)

3. Salman Toor, 7,9m$ : New York (45%), Londres (28%), Hong Kong (27%)

4. Ayako Rokkaku, 7,2m$ : Hong Kong (40%), Tokyo (35%), Taïpei (11%)

5. Amoako Boafo, 5m$ : Londres (35%), New York (33%), Hong Kong (32%)

L’artiste japonaise Ayako Rokkaku (1982) échappe cependant à ce modèle. Ses acryliques sur toile hautes en couleurs circulent avec beaucoup d’intensité en Asie du Sud-Est, où 44 peintures ont été vendues aux enchères, au S1 2021, pour un prix moyen de 170 000$. Ses plus belles pièces, initialement mise en circulation par la galerie Delaive basée à Amsterdam, retrouvent ainsi presque toujours le chemin de l’Asie.

Les artistes blue-chips rassurent

À New York, Femme assise près de la fenêtre (1932) de Pablo Picasso a franchi le seuil des 100m$ pour la première fois en 24 mois. Ce résultat confirme la confiance retrouvée du côté des acheteurs mais aussi des vendeurs. La prise de valeur exponentielle des œuvres de Picasso sur le dernier quart de siècle se concrétise, en dépit des crises financières et sanitaires. Le prix de ce tableau est passé de 7,5m$ en 1997 à 45m$ en 2013, pour finalement atteindre 103,4m$ cette année.

2021 avait d’ailleurs très bien commencé sur le marché haut de gamme à New York, avec la vente très attendue à la fin du mois de janvier d’un portrait attribué à Sandro Botticelli. Vendu un peu plus de 92m$, il s’agit de la seconde meilleure adjudication de tous les temps pour un Maître Ancien, juste après le Salvatore Mundi de Léonard de Vinci. Or, les 450 m$ déboursés en novembre 2017 pour acquérir le portrait du Christ posent plus que jamais questions, plus de trois ans et demi après sa vente.

Plusieurs chefs-d’oeuvre impressionnistes (Monet, Van Gogh, Cézanne,) ainsi que de nombreuses œuvres maîtresses de l’abstraction américaine et de l’abstraction lyrique (Twombly, Rothko, Chu Teh-Chun, etc.), quelques des portraits très célèbres (Double Elvis d’Andy Warhol ou David Hockney par son ami Lucien Freud) ont abreuvé le Marché de l’Art au S1 2021. Mais cette période restera surtout marquée par les premières ventes de NFT et des records de prix extraordinaires pour de très jeunes artistes qu’Artprice analysera en détail dans son prochain Rapport du Marché de l’Art Contemporain, publié à l’occasion de la Frieze et de la FIAC en octobre.

Images :

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