Accueil > Grippe A (H1N1) > EPIDEMIOLOGIE – UN PEU D’HISTOIRE

EPIDEMIOLOGIE – UN PEU D’HISTOIRE

2009/08/25

eneas-epidemic

Source : Wikipedia.org

Le mot « épidémiologie » provient du grec epi = au-dessus, parmi ; et demos = peuple, district ; logos = mot, discours (qui peut suggérer qu’elle s’applique seulement aux populations humaines, mais le terme est largement utilisé dans des études sur des populations animales ; « épidémiologie animale »).

L’épidémiologiste compare la fréquence d’une maladie au sein d’un groupe de personnes exposées à un agent suspect à celle d’un groupe de personnes non exposées. Les études épidémiologiques sont en général réparties en deux catégories, ou contiennent deux parties :

* descriptives

* analytiques (visant habituellement à proposer et/ou vérifier des hypothèses de liens de cause à effet, susceptibles de déboucher sur des propositions de solution).

Ces dernières peuvent être menées directement au sein des populations (elles sont dites d’observation) ou dans un cadre contrôlé ; elles sont dites expérimentales (un terme souvent synonyme d’essais cliniques ou communautaires de traitements et autres interventions).

Le Dr John Snow est célèbre pour avoir endigué en 1854 une épidémie de choléra dans le district de Soho à Londres. Il a identifié une pompe à eau publique de Broad Street comme étant la cause de l’épidémie, et en supprima le manche, ce qui mit fin à l’épidémie. Cela constitue un événement majeur de l’histoire de la santé publique, et peut être considéré comme l’acte fondateur de la science de l’épidémiologie.

Un des premiers médecins à avoir utilisé les statistiques en médecine pour tester une hypothèse sur une étiologie d’une maladie, à savoir la fièvre puerpérale, fut Ignace Philippe Semmelweis. Il proposa à ses contemporains de se laver leurs mains dans une solution d’hypochlorite (de l’eau de Javel) et stérilisait déjà à son époque ses instruments de chirurgie… Il colligea son travail dans un livre, Die Aetiologie, der Begriff und die Prophylaxis des Kindbettfiebers, publié en 1861. Malheureusement, l’opposition parmi ses contemporains ne permirent pas de faire avancer ses idées. Il avait envoyé à ses frais son livre à tous les chefs de clinique de gynéco-obstétrique de son époque … [1],[2],[3].

Au début du XXe siècle, des méthodes mathématiques furent introduites en épidémiologie par Ronald Ross, W.O Kermarck et A.G. McKendrick [4],[5],[6]. Par après, d’autres auteurs ont publiés des modèles mathématiques en épidémiologie (Bailey, Muench, Anderson, Gray, …). L’accès rapide à des informations transparentes et valides est apparu être un enjeu majeur, avec notamment la publication en 1956 des résultats de l’étude des médecins britanniques, Doll et Bradford Hill, qui a fourni un support statistique à la suspicion d’un lien entre tabagisme et cancer du poumon, puis avec le développement de vagues de maladies émergentes susceptibles de devenir pandémiques.

Ainsi, un des enjeux pour le XXIe siècle est d’améliorer la collaboration du monde médical et du monde vétérinaire en matière d’épidémiologie et d’écoépidémiologie et de partage de l’information, car la plupart des maladies émergentes préoccupantes son liées à l’environnement et souvent à des réservoirs dans le monde animal. Parfois ce sont les microbes de l’homme qui peuvent aussi infecter les animaux d’élevage et sauvage. Suite à la pandémie de grippe espagnole en 1918, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU) jouent un rôle de veille permanente et d’organisation de la veille épidémiologique. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) sont les relais territoriaux aux États-Unis.

En Europe, après avoir constaté en 2003 que l’Union européenne (UE) n’était pas prête à réagir correctement à une épidémie de type pneumonie atypique (syndrome respiratoire aigu sévère, SRAS), un Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a été créé par le parlement européen, basé à Stockholm en 2005, pour notamment réagir au risque de pandémie lié au H5N1. Un centre de crise y a été créé le 4 mars 2008, officialisant une cellule de veille activée dès mai 2007. (200 personnes y travaillaient début 2008, 300 étant prévue fin 2008, s’appuyant sur un budget de 40 millions d’€ pour 2008, soit + 48 % par rapport à 2007). Le centre qui fonctionne avec trois niveaux d’alerte (0 = « normal », 1 à 2 ; ressources extérieures requises), examine chaque jour les menaces pour l’Europe sur la base des données qu’il récolte directement ou à partir de blogs, listes de distribution, médias, rapports d’hôpitaux, tout en assurant une veille sur les maladies infectieuses se déclarant hors-Europe.

Via l’OMS ou des instances plus régionales et locales, et grâce aux nouveaux outils informatiques (NTIC), des réseaux d’échanges d’information ou de veille spécialisée (sur la grippe aviaire se construisent.

LES LIMITES DE L’EPIDEMIOLOGIE

La protection des droits du patient, comme le secret protégeant les données de laboratoires et d’installations à risque ou de certains états sont à la fois des garanties de liberté individuelle et des freins à une gestion optimale des crises.

Deux exemples peuvent illustrer le caractère éthiquement délicat des grandes approches épidémiologiques :

* Un nouveau système d’information médicale « Médisys » a été lancé par la Commission européenne en août 2007, pour analyser presque en temps réel, et pour 3 thèmes (« maladies », « bioterrorisme » et « autres menaces »), les données collectées en 32 langues sur plus de 1 000 sites internet d’actualités, et de 120 sites santé publique. Il devrait permettre aux autorités sanitaires de donner des réponses plus rapides et efficientes aux crises existantes à venir, y compris dans les domaines des accidents du travail, et du bioterrorisme, mais permet d’éventuelles erreurs susceptible d’affecter les droits individuels.

* Aux USA, la plus vaste des études épidémiologiques sur la santé des enfants (SSC, qui signifie National Childrens’s Study) a été lancée, sur 25 ans, après avoir été autorisée en 2004. Cette étude est supportée par le National Institute of Child Health an Human Development, qui espère en tirer d’importants enseignements sur l’asthme, le diabète, l’obésité, mais aussi les troubles du comportement, sujet dont les implications éthiques sont plus délicates en termes de suivi et exploitation des données accumulées.

REFERENCES

1. Slaughter, Semmelweiss, cet inconnu, éd. Presses de la cité (1953)
2. Morton Thompson, Tu enfanteras dans la souffrance, éd. Presses de la cité (1954)
3. Thuillier, Le paria du Danube, éd. Balland (1983)
4. W.O. Kermack and A.G. McKendrick, A contribution to the Mathematics theory of epidemics I, Proc R. Soc, 1927, A115, 700-721
5. W.O. Kermarck and A.G. McKendrick, A contribution to the Mathematics theory of epidemics II, Proc R. Soc, 1932, 138, 55-83
6. W.O. Kermack and A.G. McKendrick, A contribution to the Mathematics theory of epidemics III, Proc R. Soc, 1933, 141, 94-121

Catégories :Grippe A (H1N1) Étiquettes : , , ,
%d blogueurs aiment cette page :